Code Couleur: Bill
-... / Tom
-... / Amis de Tom
-... / Eero
-...Chapitre Trois :Bill longea le parc en regardant les arbres et les quelques personnes déjà levées. Il aurait voulu aller comme eux se promener, être libre, mais il était obligé d'aller au lycée. C'est le regard totalement perdu dans le ciel bleu parcouru de boules de coton blanches qu'il passa le portail et entra dans la cours. Comme tous les jours, perdu dans ses rêves, il ne vit pas la jambe tendue pour lui et se fit avoir. On lui fit un croche-pied, et il tomba misérablement à terre sous les moqueries et les insultes, auxquels il essayait d'être sourd. Bill leva le nez et son regard heurta de plein fouet celui de Tom, aussi mauvais qu'un diable, qui lui envoya son pied dans la joue. L'androgyne roula par terre, se releva comme il pu, et voulu s'enfuir en courant. Mais la bande de Tom était avec lui, et elle n'eut aucun mal à le rattraper.
- Hé, tu sais que la cour des p'tites fillettes de ton genre c'est de l'autre côté ? Se moqua un grand costaud appelé Sirius.
En plus, tu ne peux pas la manquer, c'est écrit « Collège » de toutes les couleurs.Bill ne dit rien, de toutes manières il n'y avait rien à dire. C'était comme si le temps avait ralentit sa course pour mieux se concentrer sur son cas, aussi désespéré soit-il. Il avait l'impression que tous les regards du monde étaient penchés sur lui et le regardait de haut, très haut. Il se sentait horriblement minuscule et faible. Le poids énorme de la honte l'écrasait et l'étouffait un peu plus à chaque minute passée dans ce monde si hostile et si injuste envers lui.
Quelqu'un derrière lui infiltra sa main dans son pantalon, et là l'androgyne fit volte face, furieux. Il retira violemment cette main et s'écria en essayant de paraître convainquant :
- Arrêtez putain !Sans grand succès. Tom s'approcha par derrière sans que Bill ne le visse.
- Si y'a bien une putain ici, c'est toi, lui glissa Tom à l'oreille en lui tirant sauvagement la tête en arrière par les cheveux.
Bill frissonna en sentant le souffle chaud et amer de son soit disant frère lui parcourir la peau. Les autres approuvèrent les paroles de Tom en rigolant méchamment, hilares, ne sachant plus s'arrêter. Bill n'entendait plus que ces rires, et rien d'autre. Il ne voyait plus que ces visages affreux et déformés par une méchanceté et une cruauté sans limite. Il avait l'impression d'être au beau milieu d'un cauchemar, entouré de toutes parts par des monstres voulant le dévorer. C'était un peu le cas, abstraitement. Ces moqueries incessantes avaient pour effet de ronger l'androgyne de l'intérieur. Son âme, mais qu'était-elle devenue ?! Un néant, un vide, un gouffre sans fond. Un précipice gorgé de tristesse et de désespoir dans leurs infinités.
La sonnerie retentit, et après quelques bousculades Tom et son groupe s'éloignèrent pour aller en cours. Bill attendit qu'ils soient assez loin, puis se dirigea vers sa classe. Il s'assit au fond, comme toujours, près de la fenêtre. Et ainsi, il n'écoutait absolument rien des leçons. Non. Il regardait dehors, les arbres, les oiseaux, le vent, les nuages et le soleil. Il désirait s'échapper vers la forêt qu'on voyait au loin, et construire une cabane sur l'arbre le plus haut pour ainsi être le plus proche des cieux, et des arcs-en-ciel.
Durant ses rêvasseries, Bill s'évadait dans un tout autre monde, bien différent du monde réel. Tout était facile d'accès, tout le monde se comprenait, personne ne pleurait jamais parce qu'il se sentait dévalorisé. Un monde où honte, désespoir et pouvoir n'existaient pas. Et c'était tellement plus beau, plus magique que, la plupart du temps, Bill s'endormait sur sa table en rêvant à tout cela. Généralement, il se réveillait avec du feutre rouge ou rose sur les lèvres, les paupières crayonnées de multiples couleurs et les joues poudrées à la craie rouge qu'on avait effacée avec la brosse du tableau. En clair, on s'était bien amusé pendant qu'il dormait et le professeur n'avait rien vu, trop occupé par son cours « parfait ». Et maintenant il ressemblait lui-même à un arc-en-ciel...
A la sonnerie annonçant la récréation, Bill courut jusqu'aux toilettes pour aller se « démaquiller ». A chaque fois, les garçons présents dans les sanitaires se payaient sa tête, et bien souvent Bill terminait la figure dans le lavabo, les cheveux et le tee-shirt trempés. Et combien de fois avait-il retrouvé sa veste dans la cuvette d'un des toilettes...
Après s'être fait rincé, tout autant par l'eau que pas les moqueries du genre : « c'est pas ici les chiottes des filles » ou « tu viens te refaire une beauté ? », Bill sortit des toilettes inondés, essayant d'oublier au plus vite ce qui venait de se passer. Il tentait toujours d'enfermer ses malheurs dans un tiroir au coin de sa mémoire, ça marchait assez bien ; mais la nuit, lorsqu'il dormait, il revoyait toutes ses images comme des insultes suprêmes auxquels il semblait ne jamais pouvoir échapper. C'était comme écrit quelque part, on ne sait trop où, et ça devait se produire. C'était inévitable.
Bill sortit dans la cour. Il essaya de se faire le plus discret possible en guettant le moindre visage hostile de la bande de Tom. Quand plus aucun ennemi ne fut en vue, il s'extirpa à l'autre bout de la cour à pas pressés et se cacha derrière le tronc d'un platane, s'allongeant presque dans l'herbe récemment tondue. Personne ne le voyait ici, et la plupart du temps personne ne venait le déranger. Ainsi, il pouvait tranquillement fermer les yeux sur la dure réalité un moment, pour respirer, reprendre son souffle.
Mais pas cette fois-ci. On lui tapota légèrement l'épaule, ce qui l'étonna au plus haut point. Généralement, pour l'aborder, on le bousculait ou on l'appelait par un surnom humiliant à travers toute la cour. Mais là, non, c'était tout en douceur. Bill ouvrit les yeux précipitamment, croyant à une mauvaise blague. Mais il n'y avait qu'un garçon qui se tenait en face de lui, accroupit et souriant, et personne d'autre. L'androgyne se prépara à tout, mais pas à cette demande :
- Salut, tu voudrais bien... commença timidement le garçon,
manger avec moi ce midi à la cantine ?Bill ne répondit pas. Il était si étonné qu'il regardait avec des yeux tout ronds ce garçon au visage doux comme un ange.
- Si tu ne veux pas, je comprendrais... continua-t-il,
mais j'aimerais vraiment.Il n'était pas clair et Bill était loin de comprendre. Ça devait être Tom qui l'avait envoyé. Néanmoins, l'androgyne ne pouvait pas se détacher de son visage encadré de longs cheveux dorés en bataille. Et ses grands yeux bleus le regardaient intensément. Ce garçon lui prit la main, et Bill n'eut aucun geste défensif, mais il en frissonna. Il avait l'impression qu'il pouvait lui faire confiance. Cependant, il était près à relâcher cette idée et à s'enfuir s'il voyait un quelconque mouvement hostile. Le garçon sourit, gêné. Ses joues s'empourpraient à vue d'½il.
- Je... je m'appelle Eero. Bill ne dit toujours rien, muet. Il se contentait de dévisager ce garçon si... différent, si mystérieux.
- Ça va ? Demanda soucieusement le garçon.
Sa main quitta celle de Bill pour venir se poser sur sa joue pâle, et la caressa tout doucement. Bill ne quittait pas des yeux ce visage attendrissant en face de lui, comme absorbé. Il avait l'impression qu'il se rapprochait, tout doucement, lentement, progressivement. Et étonnement il n'avait pas de geste de recul. Le garçon finit par effleurer ses lèvres aussi légèrement que la brise d'été qui soulevait les feuilles des arbres. Une agréable chaleur s'empara du ventre de Bill, et aussi de son c½ur si froid. Il avait l'impression de s'envoler, de quitter cette terre de brute pour un paradis remplit d'un amour aussi coloré que l'arc-en-ciel de ses rêves les plus fous.
Il faudrait que je me réveille
Pour oublier ce rêve
Au bord du monde, aux bornes du ciel
Arrivant du pays aux merveilles
Les lèvres du garçon quittèrent les siennes pour embrasser son front, puis il le prit entièrement dans ses bras, serrant sa tête contre son c½ur. Bill ne comprenait pas. Il se sentait bercer par l'odeur de l'inconnu. Il devait s'être endormit et faisait un rêve sucré remplit de volupté comme il l'aimait. Son propre c½ur battait la chamade, et c'était nouveau pour lui.
Le garçon, Eero, éloigna ensuite le petit corps recroquevillé de Bill du sien, et voyant que celui-ci le regardait avec des points d'interrogation dans les yeux, il dit :
- Je sais ce qu'on te fait, cela fait longtemps que je t'observe, et je ne supporte pas qu'on te fasse tout ça, Bill. Je voudrais te protéger, t'aider. Personne ne devrait vivre ce que toi tu endures. Bill reprit ses esprits. Tout ça n'était rien d'autre que louche.
- Qui... qui tu es ? Et pourquoi j'accepterais ? Je ne te connais pas, tu ne me connais pas. C'est Tom qui t'envoie ? Demanda Bill de sa voix fluette, restant effroyablement calme.
- Tom ? Bien sûr que non. Ne vas pas croire que je traîne avec des mecs de son genre... Répondit sincèrement Eero dans un petit rire.
- Oui mais... pourquoi alors ? Demanda l'androgyne sur un ton presque enfantin et plein de curiosité.
- Je viens de te le dire, dit Eero dans un sourire.
Je t'admire Bill, tous les jours, tu affrontes ces mecs et...- C'est pas vrai, le coupa Bill en tournant la tête de gauche à droite.
Tu as juste pitié de moi, comme tout le monde. - Non, c'est faux ne dis pas ça, dit Eero en caressant la joue de Bill.
Si j'avais vraiment pitié de toi, tu crois que je serais venu te voir ?- Qu'est ce que j'en sais ? Tu n'es pas le premier à venir me voir en prétendant vouloir m'aider... et arrivé là à m'emprisonner dans des moqueries...- Bill, je ne suis pas comme eux ! S'écria Eero, sans perdre ni son sang froid ni son sourire.
- Si, si tu es comme eux.- Non, je ne...- Alors prouve-le.Eero resta face à l'androgyne qui le fixait sans ciller, attendant probablement un miracle, y croyant très fort. Il espérait que ce garçon blond l'aiderait, même s'il se la jouait solitaire. Mais Eero ne dit rien et, après avoir soutenu le regard insistant de Bill quelques secondes, il baissa les yeux. Une sorte de hoquet s'échappa de la bouche de Bill, où il se dessina un sourire, un sourire bourré de reproches et de déceptions.
- Bill, ne crois pas ça, je ne suis pas comme les autres... essaya une dernière fois Eero en relevant la tête.
- Laisse-moi tranquille s'il te plaît... souffla Bill en baissant la tête.
Eero embrassa les cheveux corbeau de l'androgyne, se releva et partit. Au fond de lui, Bill savait qu'il n'était pas comme les autres, ça se lisait dans ses yeux bleus lagon. Mais aussi parce qu'il était parti sans discuter lorsqu'il le lui avait demandé. Ordinairement, lorsque Bill demandait à ce qu'on le laisse tranquille, on l'embêtait deux fois plus. Or, là, Eero était réellement parti...
Paroles: Sweet Dreams - Indochine (modifiées) * Laisez vos impressions! La suite devrait être en ligne samedi si tout va bien! Il se peut aussi que je la finisse ce soir. Mais demain y'a aucune chance, je suis à Paris pour un concert! Bisoux à toutes! ^^